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Méthode Borel-Maisonny : les gestes au service de la lecture
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Méthode Borel-Maisonny : les gestes au service de la lecture

ÉéC

Équipe éditoriale Cabdivin

Équipe éditoriale Cabdivin

8 min
#méthode Borel-Maisonny#lecture#orthophonie#dyslexie#conscience phonologique#approche multisensorielle
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La méthode Borel-Maisonny en deux mots

La méthode Borel-Maisonny est une approche phonétique et gestuelle : elle associe à chaque son du français (chaque phonème) un geste de la main qui en rappelle la prononciation ou la forme de la lettre. L'idée est simple : en ajoutant un canal moteur et visuel au son entendu, on aide l'enfant à mémoriser plus solidement le lien entre ce qu'il entend, ce qu'il voit (la lettre) et ce qu'il dit. C'est une aide à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, utilisée aussi bien en classe qu'en rééducation orthophonique.

Elle ne remplace ni un enseignement structuré, ni un bilan orthophonique : c'est un outil, parmi d'autres, mis au service d'un objectif clair — rendre l'enfant capable de décoder.

Origine : une orthophoniste pionnière

La méthode porte le nom de Suzanne Borel-Maisonny (1900-1995), considérée comme l'une des fondatrices de l'orthophonie en France. Phonéticienne et grammairienne de formation, elle a travaillé auprès d'enfants présentant des difficultés de langage oral et écrit, dans un contexte hospitalier et de recherche.

De cette pratique est née une intuition clinique : beaucoup d'enfants peinaient à retenir les correspondances entre sons et lettres par la seule voie auditive ou visuelle. En associant un geste à chaque son, elle leur offrait un point d'appui supplémentaire. La méthode est aujourd'hui « phonético-gestuelle » : on parle bien d'un travail sur les sons, soutenu par le geste.

Le geste n'est pas une fin en soi : c'est un pont entre le son entendu, la lettre vue et le mot lu. Il sert l'apprentissage, puis s'efface une fois la correspondance automatisée.

Le principe : un geste pour chaque son

Le cœur de la méthode tient à une triple association :

  • le son (le phonème, par exemple [f], [o], [ch]) ;
  • le geste correspondant, réalisé avec la main ;
  • la lettre ou le graphème qui le transcrit à l'écrit.

Les gestes sont pensés pour évoquer quelque chose : la forme de la lettre, le mouvement de l'air, ou la position des organes de la parole. Cette dimension multisensorielle — on entend, on voit, on bouge — vise à renforcer la mémorisation et à rendre le code de la lecture plus concret pour l'enfant.

| Canal sollicité | Ce que fait l'enfant | Objectif visé | |---|---|---| | Auditif | Il entend et répète le son | Isoler le phonème | | Visuel | Il regarde la lettre et le geste | Lier son et graphème | | Moteur (kinesthésique) | Il reproduit le geste de la main | Ancrer la correspondance |

Ce fonctionnement rejoint un principe largement partagé dans l'enseignement de la lecture : travailler explicitement les correspondances entre graphèmes et phonèmes et la conscience phonologique, c'est-à-dire la capacité à percevoir et manipuler les sons de la langue.

Pour qui ? Apprentissage et rééducation

La méthode a deux usages complémentaires.

À l'école, elle accompagne l'apprentissage de la lecture, notamment au CP, comme support gestuel d'une progression structurée. Elle peut aider tous les enfants à fixer les correspondances son-lettre, et plus particulièrement ceux qui ont besoin d'un appui concret.

En orthophonie, elle est utilisée en rééducation, par exemple auprès d'enfants présentant une dyslexie ou une dysorthographie, des difficultés d'entrée dans l'écrit, ou des troubles du langage. Le geste y devient un levier pour reconstruire des correspondances fragiles ou mal installées.

Il est important de rappeler que la méthode est un outil de remédiation et de soutien, et non un diagnostic. Avant toute prise en charge, un bilan orthophonique permet d'identifier précisément les difficultés de l'enfant et d'orienter le travail.

Comment se déroule le travail concrètement

La progression suit en général la même logique qu'un apprentissage explicite de la lecture, le geste venant s'ajouter à chaque étape.

  1. Découverte du son. L'enfant entend un phonème isolé, le répète, en prend conscience.
  2. Association au geste. L'adulte montre le geste correspondant ; l'enfant le reproduit en disant le son.
  3. Lien avec la lettre. On présente le graphème écrit, relié au son et au geste.
  4. Combinaison. On fusionne les sons pour lire des syllabes, puis des mots simples, en s'appuyant sur les gestes au besoin.
  5. Automatisation. À mesure que les correspondances se fixent, le recours au geste diminue : l'enfant lit de plus en plus de manière autonome.

En classe, ce travail s'inscrit dans une progression collective. En orthophonie, il est individualisé : l'orthophoniste choisit les sons à retravailler, le rythme et les supports en fonction des besoins repérés au bilan. Cette personnalisation est l'un des atouts d'une prise en charge par un orthophoniste pour enfant.

Ce que dit — et ne dit pas — la recherche

Il faut ici être nuancé et honnête. La recherche soutient solidement les principes sur lesquels la méthode s'appuie, sans pour autant valider la méthode Borel-Maisonny en tant que protocole isolé.

Ce qui est bien établi :

  • L'enseignement explicite des correspondances graphèmes-phonèmes et le travail de la conscience phonologique sont des leviers reconnus de l'apprentissage de la lecture. Le guide de l'Éducation nationale Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP, fondé sur l'état de la recherche, insiste sur ces apprentissages explicites.
  • Les entraînements phonologiques et multisensoriels peuvent favoriser l'entrée dans la lecture chez de jeunes enfants. Une étude publiée dans la revue Enfance (Bara, Gentaz et Colé, 2004) montre par exemple qu'ajouter une exploration tactile des lettres à un travail phonologique aide à lier plus explicitement lettres et sons.

Ce qu'il faut éviter de surinterpréter :

  • Ces travaux portent sur des principes (multisensorialité, conscience phonologique) plus que sur la méthode Borel-Maisonny telle quelle. On ne dispose pas de preuves permettant d'affirmer qu'elle serait supérieure à d'autres approches structurées de la lecture.
  • La méthode reste un support : son efficacité dépend de la qualité de l'enseignement ou de la rééducation dans lesquels elle s'insère.

Autrement dit, le geste est un appui plausible et cohérent avec ce que l'on sait, mais il ne constitue pas, à lui seul, une solution miracle.

Une approche complémentaire de la prise en charge orthophonique

La méthode Borel-Maisonny prend tout son sens à l'intérieur d'un accompagnement global. En cas de trouble durable de la lecture, les recommandations de la Haute Autorité de Santé décrivent un parcours de santé gradué et coordonné autour de l'enfant, associant école, famille et professionnels de santé, dont l'orthophoniste.

Dans ce cadre, le geste est l'un des outils mobilisés par le praticien, choisi en fonction du profil de l'enfant et combiné à d'autres approches. L'objectif n'est jamais la méthode pour elle-même, mais le progrès de l'enfant.

Du côté du suivi, structurer ce travail dans la durée — objectifs, supports, évolution séance après séance — fait partie du quotidien des orthophonistes. Des outils comme Cabdivin aident à centraliser le dossier patient, à préparer les séances et à rédiger les comptes-rendus, pour libérer du temps clinique. Pour aller plus loin sur le repérage et la rééducation, notre article sur les signes et le diagnostic de la dyslexie complète utilement cette lecture.

Ressources et points de vigilance

Quelques repères pour parents et professionnels :

  • Pour les parents : la méthode peut rassurer en rendant la lecture plus concrète, mais elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel. En cas de difficulté persistante, demandez un avis médical ou un bilan orthophonique.
  • Pour les professionnels : le geste est un appui, à intégrer dans une progression explicite et à articuler avec la conscience phonologique et le décodage.
  • Sources fiables : privilégiez les ressources de l'Éducation nationale, de la HAS et de l'Inserm citées en fin d'article.

Questions fréquentes

La méthode Borel-Maisonny convient-elle aux enfants dyslexiques ?

Elle est fréquemment utilisée en rééducation auprès d'enfants présentant des difficultés de lecture, dont la dyslexie. Son intérêt est d'offrir un appui gestuel concret pour reconstruire les correspondances son-lettre. Elle s'inscrit toutefois dans une prise en charge individualisée, décidée après un bilan, et non comme un traitement à part entière.

À quel âge peut-on l'utiliser ?

Elle est surtout employée au moment de l'apprentissage de la lecture, notamment au CP, et en rééducation chez des enfants plus jeunes ou plus grands selon les besoins. Le moment et le rythme dépendent du profil de chaque enfant : il n'y a pas d'âge unique, mais un travail adapté.

Est-elle prouvée scientifiquement ?

Les principes sur lesquels elle repose — conscience phonologique, correspondances graphèmes-phonèmes, approche multisensorielle — sont soutenus par la recherche. En revanche, il n'existe pas de preuve démontrant que la méthode, en tant que telle, serait supérieure à d'autres approches structurées. Il faut donc rester prudent : c'est un outil utile, pas une garantie.

Les parents peuvent-ils l'utiliser à la maison ?

Les gestes peuvent être pratiqués en complément du travail scolaire ou orthophonique, dans une logique de jeu et de répétition. Mais ils ne remplacent ni l'enseignement, ni la rééducation. En cas de difficulté importante, le bon réflexe reste de consulter un professionnel pour un bilan.

Sources

  1. Haute Autorité de Santé — Troubles « dys » : comment mieux organiser le parcours de santé ? (2018)
  2. Inserm — Dossier « Troubles spécifiques des apprentissages »
  3. Ministère de l'Éducation nationale (Éduscol) — Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP
  4. Bara F., Gentaz É., Colé P. — « Les effets des entraînements phonologiques et multisensoriels destinés à favoriser l'apprentissage de la lecture chez les jeunes enfants », Enfance, 2004/4
  5. Wikipédia — Suzanne Borel-Maisonny (repères biographiques)
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